Je vais bien
février 27, 2008 — delarozeJe me sens sereine et heureuse, pleine d’énergie et d’entrain. Je m’approprie ma nouvelle vie de maman solo, j’aménage doucement mon appartement, je me prends au jeu d’avoir des rêves, de projection dans l’avenir. Je vis, oui, je vis… c’est une période rare si je fais un rapide survol de ces 30 années écoulées…
Je me détache de mon enfance avec calme, je n’ai plus peur d’oublier ces souvenirs et les douleurs qui y sont liées.. j’ai toujours pris soin jusqu’à présent à les conserver intactes parce que j’avais tellement peur de ne plus rien me souvenir du tout. C’est un peu comme si faire table rase sur mon enfance voulait dire me tuer aussi.
Or avec le recul, c’est tout le contraire que j’ai fait dans ma vie, j’ai cherché à garder la maîtrise de tout, de vivre avec détachement en omettant l’essentiel, c’est que la vie est basée sur les émotions. Je crois que c’est l’une des raisons de l’échec de mon mariage et de ma relation avec G. Je ne l’ai pas su ou pu l’aimer, j’ai passé 9 ans de ma vie avec un homme sur lequel j’avais un certain contrôle et qui ne me touchait pas dans ses propos ou ses actes.
D’ailleurs, et c’est horrible de dire cela, mais je me dois d’être sincère, il a le caractère qui va avec le genre de femme que j’étais, en prônant la neutralité, en étant lui-même si peu confiant en lui, je pense que cela me permettrait d’avoir le sentiment d’exister. Puisque je croyais éperdument que la vie n’était que détachement et contrôle.
Il est malheureusement un “dommage collatéral”, je crois qu’on avait abordé la question avec Spip et Parmi sur le blog. Je sais, je suis peu de choses d’avouer une chose aussi terrible, je suis tentée par le fait de me détester d’avoir été aussi méprisante, aussi hautaine… mais je n’en avais pas conscience, j’ai grandi avec l’angoisse de vivre en me laissant toucher par l’amour et les émotions, car après tout, comment aurais-je pu l’envisager puisque mon père me manifestait son amour en m’envoyant valser à travers la pièce?
Et un jour, j’ai tout simplement arrêté de grandir, y a toute une partie de moi qui est restée dans mon enfance avant que le premier coup soit porté. Je n’ai donc jamais pu être moi-même. Aujourd’hui, je suis prête à oublier la petite fille que j’étais pour “épouser” (et j’utilise volontairement ce terme), oui “épouser” la vie, ma vie d’aujourd’hui. Cela me fait bizarre, sans être angoissant non plus, je tourne une page, peut-être pour la première fois de ma vie. Je suis prête à m’abandonner, à me laisser porter.
J’ai profondément de la peine pour G, je lui ai dit tout ce que je viens d’écrire, et le constat que nous avons fait, c’est qu’avec une enfance comme celle-là, il était fort possible qu’elle cause des problèmes. Il grandit aussi, oubliant également sa tendance à courber l’échine même si le contexte pour lui est difficile car il est la victime non seulement de la séparation mais aussi d’une femme qui n’a pas su faire face à son passé.
Mais je ne regrette pas de l’avoir quitté, car en le faisant, j’ai résolument fait face à la réalité. Nos mauvaises habitudes de dominant/dominé faisaient que nous n’étions pas heureux ensemble. Il aurait certes voulu réessayer car il lui restait de l’amour, ce qui n’était pas mon cas. Tout cela est triste, un peu pathétique mais je crois que nous ne pouvons pas prétendre qu’être en couple, c’est ne former qu’un, ce n’est pas vrai, c’est toujours la somme de deux individualités, et parfois, se crée la fissure…
Mais pour conclure une seule affirmation: oui, je vais bien.

février 28, 2008 à 12:15
Je pense qu’il est plus facile pour le “quitté” d’accepter la rupture ( pas dans le sens d’être d’accord, mais dans le sens “accepter que c’est définitif”), lorsque celui qui “quitte” explique le pourquoi des choses.
Ca l’aidera à faire son chemin.
Et pour toi, la clarté t’aidera à faire face et à te libérer de ce poids pour avancer de ton coté.
Alors profite de cet état, aujourd’hui, où tu te sens “bien”. Ce moment où tu sens que tout est possible désormais pour toi, car tu as ouvert les yeux, et à 30 ans, tu as la vie devant toi.
je te souhaite de trouver “ton” chemin.
Bon courage
février 28, 2008 à 11:52
“(…)j’ai cherché à garder la maîtrise de tout, de vivre avec détachement en omettant l’essentiel, c’est que la vie est basée sur les émotions.”
De la vie, la leçon
Est parfois douce-amère :
Il faut quitter giron,
Laisser là notre mère
Et prendre d’abordage
Un vaissseau sous le vent,
Puis avancer dans l’âge,
En laissant gouvernail,
Voiles en éventail,
Et loin d’ici l’ancrage
Où nous étions bien.
Contrôler n’est pas rien,
Seulement nécessaire
Et le vent et la mer
Connaissent mieux que nous
Le délicat remous
Des coeurs à l’unisson.
De la vie bénissons,
La brise qui conforte,
Les marées qui l’emportent.
Il m’aura fallu un plus de temps qu’à toi ! Mais c’est bien d’être bien. Quant à l’enfance… je pourrais en parler des heures…
février 28, 2008 à 3:20
Il faut beaucoup de courage pour écrire ce que tu as écrit ainsi qu’une formidable dose d’humilité je pense. Tu sembles avoir parcouru énormément de chemin depuis tes premiers questionnement et, si longue que fut la route, la ligne de fin est aujourd’hui franchie. Tu es enfin libre.
Cela a dû être très dur à entendre mais je pense que ces explications aideront aussi beaucoup G. D’ailleurs, Spip et Parmi auraient trouvé ou trouveront dans ce récit une partie des explications qu’ils recherchaient en toi, même si elle ne s’appliquera certainement pas à leur cas.
février 28, 2008 à 9:54
Comment G fait il pour se reconstruire? Comment tes mots ont-ils pu l’aider? Je ne sais pas comment il fait.
Je veux dire: entendre que tu n’as pas su/pu l’aimer au final après 9 ans et deux enfants, et qu’il ne t’a touché ni dans ses actes ni dans ses propos…c’est complètement horrible.
Bravo à toi pour ton introspection. Belle leçon.
février 28, 2008 à 11:15
@Isabelle: j’ai certainement la chance de me rendre compte de tout cela avant qu’effectivement ma vie ne soit pas passée… alors il faut que je profite simplement…
@alex: il est très beau de ce poème… quant à l’enfance, et tous ces souvenirs que nous cultivons avec soin pendant toute notre vie, comme une espèce de nostalgie d’un âge d’or…
@fred: peut-être… ma vie commence peut être ici et maintenant! il fallait que je tourne la page et que j’ose affronter la façon dont j’ai conçu ma vie jusqu’à présent…
@cassandre: si les choses se sont passées ainsi, c’est aussi parce que mon mari a des choses à apprendre de son passé. sa mère est très dominatrice et culpabilisante, il a souffert d’un profond manque de confiance en lui; et surtout il est beaucoup trop moralisateur et paternaliste. Il s’est conduit avec moi d’une certaine façon qui nous a tous les deux entraîné dans une spirale infernale. il est la victime d’une décision mais je ne résumerais pas non plus notre vie de couple à mon seul désirata. Il ne m’a pas touché dans ses actes parce qu’il n’est pas dans l’action alors l’attente s’est transformé en impatience et en colère, et dans ses propos parce que dès qu’il y avait un cap difficile, il me remettait tout sur le dos… parce que j’avais eu une enfance “difficile”. Je suis heureuse d’avoir eu des enfants avec lui et j’ai aimé mon mari profondément mais peu de temps sur 9 années… mon mari est un “gentil” mais aussi un “mou” qui se laisse constamment reposer sur autrui pour faire avancer sa propre vie…
mars 1, 2008 à 10:23
Vous effectuez le même chemin que ma femme (ma pas tout a fait plus tout a fait ex-femme), sur l’acceptation de son passé. La séparation semblait être nécessaire pour passer une étape, pour accepter d’évoluer et pour se rendre compte que nous avions évoluer en parallèle sans plus trop nous croiser. C’est un chemin courageux a emprunter, même si je dois bien l’avouer ce n’est ni facile pour l’un ni facile pour l’autre, sans parler des souffrances collatérales. Mais c’est un parcours a vraiment exploiter a fond.
Mais de notre coté les sentiments sont contre toute attente restés et nous nous laissons la liberté de reprendre le même chemin , à ma grande surprise.
mars 1, 2008 à 9:39
@caz: je suis heureuse pour vous… l’acceptation du passé n’induit pas forcément de quitter l’autre. Et heureusement! mon histoire est différente car en parallèle des questions de mon enfance, j’ai aussi cessé d’aimer mon mari insidieusement et lentement jusqu’au jour où il n’était plus l’homme de ma vie. et là je n’étais pas préparée à cela…