La boîte à souvenirs

Je crois qu’on a tous notre boîte, celle où l’on stocke au fur et à mesure que la vie passe, des lettres, des photos, des cartes postales d’une mamie partie en voyage, de nos parents lors d’un séjour en colonie… bref, des instantanés de tous ces moments de vie que l’on a du mal à jeter, alors on garde.

En grand rangement, because week-end sans enfants et sans C, j’ai redécouvert ma boîte avec toutes ces choses que je collectionne depuis des années. j’ai revu des photos quand j’étais enfant, des lettres écrites par ma maman, des photos prises en séjour linguistique, des lettres de S (mon premier), de G et puis deux lettres ont fait remontées en moi d’autres souvenirs.

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Une lettre de ma soeur et une autre photocopiée d’une lettre de mon père adressée à ma soeur. Pour celle de ma soeur, il y a peu de choses à dire puisqu’elle était censée m’aider à comprendre les raisons de son attitude de mépris et de froideur vis-à-vis de mes enfants et de moi. En substance, elle dit qu’elle ne connaît pas les raisons, qu’elle doit penser à sa vie et enfin, qu’elle ne m’en veut pas. Ce dernier argument ” je ne t’en veux pas” est très douloureux pour moi car il signifie que ma soeur me rend responsable d’un père violent mais qu’elle ne m’en veux pas outre mesure, en sachant qu’il ne l’a jamais touché, elle. Ceci explique, je pense, son attitude encore actuelle où elle reste dans un déni total de mes enfants qui sont ses deux seuls neveux, elle ne leur adresse pas la parole, ne leur fait pas de calins, ne jouent pas avec eux. Bref, elle agit comme si c’étaient des étrangers.

La deuxième lettre est la plus importante, c’est celle de mon père datant de 2000 et qu’il a adressé à ma soeur quand il était interné à Villejuif pour une cure de désintoxication. Je voudrais vous en faire lire quelques passages:

il y a de terribles moments que j’ai traversé dans ma vie, -delaroze- n’a plus rien à craindre de moi. Tu sais que j’étais un grand timide, mal dans ma peau depuis très jeune et dans mon âme. j’étais aussi trop réveur et sentimental, j’étais un puits d’amour qu’on remplissait de cailloux

j’ai voulu tenter mon suicide, j’y ai renoncé pour toi car tu ne le mérites pas. un état dépressif arrive tout seul, il est sournoi, il enveloppe le conscient pour endormir l’inconscient, ca peut arriver à tout le monde”

mon principal souhait c’est que tu viennes me voir pour réchauffer mon coeur vidé de ta si longue absence à cause de moi. Ta soeur éventuellement sera la bienvenue”

n’oublie pas un paquet de gitanes légères”

Finalement, en relisant cette lettre, dans cette période où je tourne la page de mon enfance, je n’ai plus qu’une chose à dire à mon père: “tu es un gros salopard et un grand manipulateur” en ayant sciemment mis ma soeur dans une sorte de relation privilégiée et dans le secret. Ou peut-être ma réaction est-elle le signe d’une “jalousie”, moi qui n’est jamais eu de lettres de mon père une fois parti sans un mot la veille de mes 15 ans…

Publié dans humeur du jour, souvenirs.

6 Réponses vers «La boîte à souvenirs»

  1. laviedesbetes à dit:

    Je suis particulièrement ému à la lecture de ton dernier post… J’ai longtemps pensé et souvent je l’ai dit avec une pointe de colère dans la voix : les parents peuvent être la pire des choses pour leurs enfants. Aussi, faut-il pouvoir se dépasser, et ce malgré la fatigue et les soucis, faire preuve de dévouement, montrer l’exemple, sacrifier son temps et remiser une partie de ses rêves ou de ses ambitions lorsqu’on prétend élever des enfants. En dessous d’un tel niveau d’exigence, le pire est à craindre. Et ce que tu décris se situe, selon moi, en deça du pire… Mes deux fils jouent à mes côtés en ce moment même… je les aime comme deux trésors qu’il faudra un ouvrir au monde, que je prépare chaque jour davantage à quitter l’abri de l’enfance. Ce n’est pas que cela m’enchante, mais c’est ainsi. Manipuler, violenter, mépriser, séparer… c’est salir. Alex

  2. Juliette à dit:

    Parents manipulateurs. J’ai connu. On se rend responsable de tellement de choses qui au fond ne nous appartiennent pas. Ne laisse pas ta boîte à souvenir briser la sérénité qui t’habite maintenant. Le passé on ne peut rien y changer.
    Bonne pensée de l’Amérique

  3. jumellescosmiques à dit:

    Oui, il est temps de refermer la boîte. Pas évident de lire ça. Je comprends l’émotion. Je n’ai vraiment rien vécu de grave et j’ai toujours du mal à imaginer que ces choses-là arrivent “en vrai”.
    Darkmabious

  4. inthewild à dit:

    Si je peux me permettre.
    Puisque tu n’as jamais pu “t’expliquer” avec ton père (tu étais évidemment trop jeune), puisque tu ne peux pas parler de ce sujet avec ta soeur (de ce sujet et du reste, et pour cause), je serais tenté de te demander si tu peux en parler avec ta mère ou un oncle ou tante de ton père, pour “savoir”, t’apaiser (soit pour te confirmer l’idée que tu te fais de ton père, soit pour t’appercevoir que tu fais peut-être fausse route, sait-on jamais…). Je ne partage pas l’idée qu’il faille “refermer trop vite la boîte à souvenirs”. En tout cas, quitte à la rouvrir, pour le refermer ensuite (certes), autant en profiter pour REGLER ce qu’il y a à régler. Si c’est possible. Car pour vivre sereinement son futur, en paix avec soi-même et les siens, régler les choses du passé (mais sans s’appesantir non plus) me semble la meilleure des voies.

  5. jumellescosmiques à dit:

    Ca me fait rire…on dirait vraiment ce que mon père (adoptif) tente de faire à mes soeurs. Ca marchait quand elles étaient enfants mais maintenant qu’elles sont plus grandes (presque 15 et presque 18 ans) ça le fait beaucoup moins. Et le pire c’est que plus il essaye de les manipuler plus ça les dégoutent de lui et plus elles le méprisent. Ca me fait un peu de la peine pour elle qu’elles n’aient pas un père qu’elle peuvent respecter et aimer mais c’est lui qui a voulu qu’il en soit ainsi.
    Dr Hell

  6. inthewild à dit:

    En relisant un ancien message de Delaroze…
    Sur le thème “je n’aime plus mon mari”.
    Je suis, à présent, persuadé, fort de mes nombreuses expériences, de mes échanges avec de nombreuses femmes sur ce sujet, que les personnes qui quittent leur conjoint (et je ne leur jette pas la pierre, chacun fait ce qu’il veut, comme il l’entend, sauf à mettre l’autre “mal”, mais, bon… ;) et qui disent “je ne t’aime plus”, celà veut dire en fait:
    - soit elle ne l’a jamais vraiment aimé. Elle le croyait, mais c’était un leurre.
    - soit elle l’aime encore, mais ne veut pas se l’avouer.
    De l’aveu de ces femmes qui ont connu ces sensations et qui ont fini par se l’avouer.
    C’est édifiant, peut-être, mais probablement exact…
    A méditer, pour ceux que le sujet intéresse…

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